PL 44 : Les détaillants légaux de tabac sont-ils l’ennemi à abattre?

Novembre 2015

Nous sommes très surpris du rôle que l’on fait jouer à nos membres dans le cadre de l’étude détaillée sur le projet de loi 44, une loi visant à renforcer la lutte contre le tabagisme. Les détaillants légaux du tabac, les percepteurs de taxes, les partenaires de l’État, ceux qui contrôlent l’accès des produits aux mineurs tout en respectant un ensemble d’obligations et en s’exposant à des sanctions financières, se sentent comme l’ennemi à abattre.

L’interdiction de toute entente commerciale auprès de leurs fournisseurs (les compagnies de tabac) adoptée le 10 novembre dernier pourrait avoir un effet diamétralement opposé à son objectif d’origine. Cette interdiction risque de maximiser l’importance du prix de détail comme principal facteur d’achat du consommateur. Le produit le plus attrayant pour le détaillant (en termes de marge de profit) n’était pas nécessairement celui qui se détaillait le moins cher. « Les points de vente comme les miens seront moins rentables, au détriment de ma capacité d’investissement et de développement de mon offre. Le tabac est une part importante de mes revenus dont ni moi ni le gouvernement ne pouvons nous priver », expliquait, résigné, M. André Forget, propriétaire de dépanneurs dans l’est de Montréal et administrateur de l’ADA.

Un meilleur encadrement et surtout un meilleur accompagnement de la part de l’État sont deux aspects sur lesquels les détaillants en alimentation nous interpellent sans cesse. Nous convenons que les détaillants doivent assumer leurs responsabilités. Par contre, l’ADA voit difficilement comment une complexification additionnelle de leurs opérations et surtout une augmentation ahurissante des amendes en cas d’infraction (125 000 $ pour une 1re offense de vente à une personne d’âge mineur) leur permettra de mieux s’acquitter de leurs obligations. « On ne parle pas ici de fraude organisée ou de blanchiment du fruit de la criminalité, mais possiblement d’une caissière qui a omis de carter un inspecteur du tabac. C’est déjà arrivé dans un de mes commerces. Pourtant, je forme mes employés, j’ai des directives claires, mais une employée de confiance a commis une erreur, une seule fois. Personne n’est à l’abri », ajoute M. Forget.

Nous réitérons que pour faire réellement fléchir le tabagisme chez les jeunes, l’État devrait plutôt outiller les détaillants légaux et, parallèlement, arrêter d’avoir peur d’interdire la possession de tabac par les personnes d’âge mineur qui, faut-il le rappeler, peuvent posséder et consommer du tabac impunément. « Nous sommes d’accord avec la ministre Charlebois qui déclarait hier que le tabac est une substance plus nocive que l’alcool. Pourtant, la possession d’alcool par un mineur est passible d’une amende. Sans déresponsabiliser les détaillants, pénaliser la possession aurait un puissant effet dissuasif sur les mineurs et leur entourage tout en permettant l’atteinte des objectifs de la politique », conclut Florent Gravel, PDG de l’ADA.

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