Portrait de détaillant

Février 2019

LES MARCHÉS BARCELO, L’ESPRIT DE FAMILLE DEPUIS PLUS DE 80 ANS 

Il est assez commun que le métier d’épicier se transmette de père en fils, mais qu’il le soit sur quatre générations, et de père en fille, est plus rare. C’est le cas de la famille de Christine Barcelo, bientôt copropriétaire du Marché Barcelo et des Marchés Tradition à Rosemont. L’aventure commence en 1935, lorsque l’arrière-grand-père de Christine, Ernest Barcelo, ouvre son premier commerce à Montréal, un magasin général qui fut repris par son fils Georges, puis par ses petits-enfants, Hubert (le père de Christine) et Maurice. L’entreprise devint au fil des années Les Marchés Tradition, sis au 1200, rue Beaubien Est. En 1998, les deux frères fondent un deuxième établissement au 900, rue Saint-Zotique Est, le Marché Barcelo. Aujourd’hui, c’est au tour de la descendance des deux associés de porter le flambeau, Christine, ainsi que Raphaël et Simon, les fils de Maurice.
« Je crois que je suis née pour ce métier, confie Christine, maintenant directrice du Marché IGA Barcelo. Déjà à six ans, j’aidais ma mère à la caisse à poinçonner les différents produits ou, le lundi matin, à gratter les étiquettes sur chacun des produits dont le prix changeait. » Depuis 2000, la une épicière a travaillé dans tous les services de l’entreprise familiale et y a occupé divers postes : commis, superviseure et agente de service. Elle a aussi fait des études collégiales en administration et détient un certificat universitaire en gestion d’entreprise. Que ce soit à l’égard de l’expérience professionnelle ou de la formation générale, donc, le service à la clientèle, ça la connaît! D’ailleurs, bien que Christine soit directrice, il est fréquent qu’on l’aperçoive travailler à la caisse de son commerce. « J’ai toujours eu à coeur de bien faire les choses en me mettant dans la peau de mes clients. Je me demande souvent quel servicej’aimerais qu’on m’offre et comment je  voudrais être servie. » En étant présente sur le plancher, la jeune détaillante prend le pouls de ses clients. Elle ne s’en cache pas, c’est également une façon de donner l’exemple à son personnel. « La passion du service à la clientèle, c’est contagieux », dit-elle.

UN COMMERCE QUI ÉVOLUE AVEC ET POUR LA COLLECTIVITÉ

D’abord propriétaire d’un magasin général, puis d’épiceries sous les bannières IGA et Tradition, la famille Barcelo a su adapter son entreprise au marché, mais aussi aux besoins de la collectivité, notamment en offrant
une variété de produits biologiques et locaux. Elle a aujourd’hui un nouveau partenaire : Arrivage, une plateforme qui permet de connecter de petits fournisseurs locaux à des restaurateurs. Depuis peu, celle-ci tente de percer le milieu de l’alimentation afin que de plus petits fournisseurs puissent rejoindre le marché des épiceries. C’est ainsi que les Barcelo vendent les produits de la boulangerie Automne, située à mi-chemin entre les deux établissements, et offrent plusieurs fromages québécois, dont ceux de la Ferme Vallée Verte. « On encourage aussi les microbrasseries. On a même conçu une bière de quartier, la Saison Rosemont, et on a comme projet d’en produire d’autres en collaboration avec notre gérant des bières », explique madame Barcelo. Les Barcelo aident à redorer l’image de la rue Saint-André en participant à la corvée de nettoyage du printemps. « On plante des fleurs et des graminées aux alentours du magasin afin de verdir la rue! » confie Christine. L’entreprise accueille également des stagiaires qui éprouvent quelques difficultés d’intégration en lien avec des troubles du développement, dont certains sont devenus des employés du commerce. De plus, les Barcelo commanditent de petits festivals qui ont lieu dans le quartier et parrainent certaines activités scolaires. Ils donnent à La Maisonnette des parents, un organisme qui soutient les familles en difficulté.Non seulement les Barcelo encouragent l’économie locale et s’engagentsocialement, mais ils ont aussi l’environnement à coeur. Pour eux, la réduction du gaspillage alimentaire est cheval de bataille important afin d’amoindrir leur empreinte écologique. L’an passé, ils ont été sollicités par La Transformerie à Montréal, un organisme qui participe à la sensibilisation au gaspillage alimentaire et à sa réduction en proposant des solutions écoresponsables efficaces. « On essaie de les appuyer en répondant à leurs questions, en leur fournissant des données sur nos pertes et en leur donnant des invendus afin qu’ils puissent concevoir leurs produits », explique madame Barcelo. La Transformerie lancera d’ailleurs sa première gamme de produits, Les pots sucrés, à la fin de février. La famille Barcelo compte bien leur fournir une excellente visibilité en magasin.

DIVERSIFIER SES ACTIVITÉS TOUT EN SE RAPPROCHANT DES GENS

Toujours à l’affût de nouvelles idées, la famille Barcelo offre maintenant des espaces de bureaux collaboratifs. L’automne dernier, les entrepreneurs lançaient, au deuxième étage de l’établissement des Marchés Tradition, Espace Beaubien, un lieu de travail partagé. Qu’il s’agisse d’artistes, d’une petite équipe d’entrepreneurs ou de travailleurs autonomes, chacun peut bénéficier d’un lieu dynamique et chaleureux, d’une ambiance qui rappelle celle des cafés, mais sans l’obligation de consommer. Espace Beaubien est en fait une communauté d’affaires qui permet à des travailleurs de différents domaines de louer un espace de travail à bon prix. « On offre l’abonnement, le café et l’accès à Internet. Pour ceux qui souhaitent avoir un peu plus d’intimité, on a aussi des bureaux fermés », précise madame Barcelo. Ainsi, Espace Beaubien va de pair avec l’esprit familial et communautaire de la famille. Travailler ensemble et être près des gens : voilà le créneau de l’entreprise.

UN AVENIR À L’IMAGE DU QUARTIER

Dans cinq ans, Christine Barcelo estime que son entreprise se souciera encore de son impact sur l’environnement et cherchera à trouver le juste milieu entre rentabilité et écoresponsabilité. Elle sera une pionnière dans le domaine de la réduction des emballages et des pertes alimentaires. « J’aimerais qu’on soit la référence dans le quartier, qu’on ne soit pas juste la famille qui est là pour faire de l’argent, qu’on soit celle qu’on a envie d’encourager parce qu’on est le marchand de quartier, qui redonne à sa communauté! Parce qu’au-delà d’être IGA ou Tradition, nous sommes la famille Barcelo, des marchands-propriétaires qui dirigent leurs magasins selon leurs valeurs », conclut la jeune entrepreneure.

Julien Fortin
Collaborateur spécial

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